Le 27e festival du film LGBTQI+ de Paris se tient actuellement dans trois cinémas de la capitale. Le programme est riche de propositions qui explosent toutes les frontières, sexuelles comme esthétiques. Un événement à la résonance politique forte dans ce contexte pré-électoral.

 » C’était blindé et queer à fond, un vrai plaisir ! », en extase au bout du fil, Corentin Sénéchal n’en revient pas de sa soirée. Ce distributeur de films (Epicentre Films) nous raconte la cérémonie d’ouverture de Chéries-Chéris, le festival de cinéma LGBTQI+ de Paris, le plus important de France sur cette thématique. Un événement « vraiment dingue », qui présente des productions « qu’on ne voit pas ailleurs ».

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L’événement fête son 27e anniversaire. Et avec 64 long-métrages et 66 courts à voir jusqu’au 30 novembre, le programme est denseFabien Ara aussi a la banane, « j’ai l’impression que les films vont de plus en plus loin chaque année ! ». Ce jeune acteur ira ce soir voir Down in Paris d’Antony Hickling, présenté en compétition au MK2 Quai de Seine (19e). Outre ce cinéma, le festival se tient également au MK2 Beaubourg (3e) et au MK2 Bibliothèque (13e).

« Mon film a été tourné entièrement à Paris, c’est une ville où je me sens libre. Comme la plupart des capitales, la vie homo y est plus simple qu’ailleurs », explique Antony Hickling.

Ce cinéaste franco-anglais connaît bien Chéries-Chéris, pour y avoir été membre du conseil d’administration. « Cette ouverture d’esprit est une chance, d’autres festivals LGBTQI+ se battent pour exister, je pense au festival de Cluj, en Roumanie, où j’ai assisté à des cours d’autodéfense en cas d’agressions, et à celui de Belgrade qui  était sous surveillance policière ».

Avec 15.000 spectateurs espérés pour cette édition, Grégory Tilhac présente Chéries-Chéris comme un festival « d’avant-garde. » Et si le public est essentiellement celui d’art et d’essai, il tient à le dire : il s’adresse à tous. « Toutes les facettes de nos identités et de nos personnalités sont interrogées », explique ce directeur artistique, à la tête de l’événement depuis 2018.

« La communauté LGBTQI+ déborde enfin du cadre qui lui a longtemps été assigné », souligne-t-il, en pensant à ces films à l’eau de rose que l’on associe généralement à « cinéma gay ». Grégory Tilhac a fait sa sélection parmi un millier de films reçus, dont 20% de français. Naturellement, il s’est porté sur ceux qui font « tomber les barrières », qui dépassent les amourettes faciles justement et bousculent le spectateur, dans le fond comme dans la forme.

Et en termes de formes justement, il y avait de quoi faire avec le film d’ouverture hier soir. After Blue (Paradis sale) de Bertrand Mandico était projeté dans la grande salle du MK2 Bibliothèque, une proposition esthétique « radicale ».

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Bertrand Mandico se livre sur sa démarche : « je viens de cette culture queer sans frontières, qui se traduit au cinéma par une forme de flamboyance et de fantaisie baroque ». Avec son troisième long-métrage, le cinéaste français a proposé « un western post-apocalyptique érotique et kitsch qui pulvérise les stéréotypes féminins ». L’ambiance est donnée. 

Grégory Tilhac insiste de son côté : « on est là pour décoller les étiquettes, pas pour en mettre ! Chéries-Chéris n’est ni communautaire, ni sectaire, mais un festival de cinéma qui s’attache à des territoires rarement abordés. »

Avec plus de 150 séances, « documentaires », « fictions », « courts-métrages » ou « séances spéciales », le choix est vaste, et va de la comédie au film X. Un catalogue si large que les séances de court-métrages sont thématisées (pour ne pas dire étiquetées donc). « Lesbiens », « queer », « transgenres », « gay  » et même « gays hot », chacun s’y retrouve.

Pour la journaliste et autrice Nadia Daam, membre du jury longs-métrages fiction, ce festival a une dimension politique évidente, surtout en cette période pré-électorale marquée par certaines positions rétrogrades. « Chéries-chéris a pour vocation d’intervenir dans le débat public », explique la chroniqueuse de 28 minutes. « On y retrouve une intersectionnalité des discriminations, en interrogeant au fil des séances les questions de genres, de races et de dominations. »

On s’interroge fort aussi côté documentaire. Au cœur du bois de Claus Drexel traite des prostitiué.e.s transgenres ou travesties du bois de Boulogne. Une oeuvre qui pointe une double marginalisation : celle de la transidentité et celle de la prostitution, cette profession non reconnue. Le réalisateur se concentre donc à nouveau sur les plus stigmatisés après Au bord du monde (2014) qui traitait des sans-abris. « On vit dans un monde où on est mis les uns contre les autres », lâche le cinéaste. « Ce festival permet justement de voir l’altérité comme une richesse ».

Le festival s’achèvera mardi 30 novembre avec l’avant-première du film Moneyboys du chinois Yilin Chen Bo, un film qui sortira le 23 février prochain en salles. La présence d’Elisabeth Moreno, la ministre chargée de l’égalité femmes-hommes, est annoncée à la cérémonie de clôture. Mais « il faut toujours rester vigilant », conclut  Antony Hickling. « Au pinkwashing notamment, cette récupération de certains pour défendre leurs intérêts ». Pour lui, le coeur de ce festival, « c’est la liberté ! ». La liberté… chérie.

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27e festival de cinéma Chéries-Chéris de Paris : « l’altérité est une richesse » – Franceinfo
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